Balado Scepticisme Scientifique : entretien sur le journalisme scientifique

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J’ai eu le plaisir d’échanger il y a quelques semaines avec l’un des hôtes du très intéressant podcast francophone Scepticisme scientifique, sur mon activité de journaliste scientifique (en fait, il a essentiellement été question de mésinformation scientifique [1], les exemples tirés de mon travail servant à appuyer ce propos).

Vous pouvez retrouver une version condensée (car je suis un vilain bavard) de cet entretien dans l’épisode n°316 du balado, mis en ligne le 15 décembre 2015 et écoutable à cette adresse (ou ci-dessous, ou sur votre plateforme de podcast habituelle).

 

Dans cet épisode, j’ai cité un grand nombre d’articles et d’études. Les voici, pour référence (pour mes chroniques TV sur la méthodo scientifique, c’est plutôt par ici) [2] :

4’00 – 📰 L’étonnante longévité des cyclistes du Tour de France ?

8’25 – 📰 Information scientifique : les universités en font souvent des tonnes

16’50  Quand l’Agence France Presse confond puces (fleas) et mouches (flies) (Twitter). Il arrive également aux journalistes de confondre mouches et moustiques.

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Illustration géniale signée Jim Borgman, qui figure en bonne place dans mon bureau (l’illustration, pas Jim).

20’00 – 📰 Un régime personnalisé pour chaque diabétique ? (version mise à jour ; la version originale de l’AFP peut notamment être lue ici).

23’45 – Chez combien de patients a-t-on retrouvé des bactéries résistantes à la polymyxine ? 1.300 ? 1.322 ? 16 ? La dépêche a finalement été modifiée par l’AFP.

26’10 – 📰 Vaccins anti-VIH : les effets secondaires de l’effet d’annonce (je n’ai pas cité cet article, mais il rejoint le sujet, alors…).

28’30 – 📰 Avoir peu de grains de beauté sur le bras n’immunise pas contre le mélanome…

29’00 Dans le podcast, j’évoque une publication médiatisée sur une prétendue causalité entre pesticides et autisme. Je me suis emmêlé les pinceaux, puisque j’avais en fait en tête cette « recherche », publiée en 2013 dans la revue Interdisciplinary Toxicology (impact factor : 0,670) qui porte sur un prétendu lien entre utilisation des pesticides et intolérance au gluten. La publication avait été montée en épingle par le Canard Enchaîné dans sa rubrique « Conflit de canard » (n°4878 du 23 avril 2014, dont j’ai retrouvé une transcription ici). À ma décharge, j’ai plusieurs fois eu à réfuter publiquement des allégations sur « le régime sans gluten qui soigne l’autisme » (si, si, ce genre « d’hypothèses » se diffuse ; il y a même un effarant bouquin préfacé par le Montagnier de la mémoire de l’eau sur le sujet…).

29’15 – Je n’ai rien contre le prénom Kevin, il est juste très courant !

29’40 à 30’10 – ⚠ Emporté dans mon élan (l’étude d’Interdisciplinary Toxicology sur l’intolérance au gluten ainsi que la pipologie « le sans-gluten contre l’autisme » en tête), et sans mon dossier sous les yeux, je suis allé bien vite en besogne durant ces 30 secondes… Les soupçons d’un lien causal entre exposition in utero à certains pesticides et risque de troubles du spectre autistique (TSA) découlent d’investigations scientifiques assez sérieuses, et j’ai expédié le sujet de façon fort grossière. J’ai commencé à recenser les études sur le sujet fin octobre 2014 après la publication, dans la revue Environmental Health Perspective, des résultats d’une (grosse) étude cas-contrôle (qui vaut donc ce que valent les études cas-contrôle… mais qui alimente le faisceau de présomption sur la causalité pesticides/TSA). Ce faisceau reste encore assez mince, et l’on ne peut dire s’il s’amincira ou s’épaissira au fil du temps. Les informations que j’ai pu récupérer sur la prévalence de TSA dans divers pays d’Amérique du Sud (notamment en Argentine) semblent plaider en défaveur d’un lien causal ; toutefois, la mauvaise qualité de l’épidémiologie sur ce sujet est un biais dont j’ai bien conscience. Dans plusieurs pays d’Amérique du Sud (au premier rang desquels, précisément, l’Argentine), l’usage massif de certains pesticides a des effets délétères avérés malformations congénitales, retards intellectuels qui, jusqu’à preuve du contraire, n’incluent pas les TSA.

33’30 Sur les bienfaits des désillusions, notamment quant à l’inexistence du père Noël, j’ai écrit quelques jours après l’interview à Scepticisme scientifique 📝 un billet sur le sujet sur le présent blog.

35’30 – 📰 Les malades de Parkinson ont-ils une odeur caractéristique ? L’hypothèse reste à vérifier

44’45 L’étude sur le resvératrol qui contenait la fameuse erreur est en accès libre. De ce que je vois, le principal auteur – pourtant mis au courant de l’erreur par mes soins le jour même de la publication n’a pas jugé bon de faire corriger l’article. Hum.

📊 Exacerbates Both Autoimmune and Viral Models of Multiple Sclerosis. Fumitaka Sato, Nicholas E. Martinez, Maira Shahid, John W. Rose, Noel G. Carlson, Ikuo Tsunoda. The American Journal of Pathology, publication en ligne du 3 octobre 2013. doi:10.1016/j.ajpath.2013.07.006

48’10 – L’article évoqué par Jeremy Royaux est le suivant : 📰 La méditation, pas plus efficace que le placebo contre la douleur

65’50 – Pour une définition rigoureuse de la curiologie, 📝 c’est par ici !

67’10 – Mon plaidoyer pour la publication des conflits et liens d’intérêts des journalistes est 📝disponible ici (avec ma propre déclaration).

📻

Dans une première version de ce billet de blog, mise en ligne avant que je ne réécoute le podcast, je listais plusieurs articles et études dont je n’ai, en fait, pas parlé du tout durant l’entretien. Je devais avoir une bonne raison de croire que j’en avais parlé, alors je vous les laisse. [note : je publierai ultérieurement sur ce blog une page recensant, au long cours, une sélection plus large d’articles et dossiers portant sur les pseudo-sciences, pseudo-thérapies et pseudo-médecines]
  • faux_info_660x372Je croyais aussi avoir mentionné la rubrique Du faux ou de l’info ? consacrée au « fact-checking », que j’ai créée et anime sur le site de l’émission Le Magazine de la santé. Tous les articles qui y sont publiés ne sont pas de ma plume (mais une bonne partie quand même ^^). La rubrique est associée à un compte Twitter.

Si j’ai oublié quelque chose, ou si vous voulez des précisions, n’hésitez pas, les commentaires vous sont ouverts !

Pour conclure, je vous invite très vivement à écouter les autres épisodes du balado; certains valent vraiment le coup d’oreille !

📚

[1] En réécoutant l’émission, je m’aperçois vous avoir épargné le terme et sa définition. Preuve qu’il n’est pas si essentiel ? Hum. À défaut d’en avoir la lettre, vous en avez au moins l’esprit, me semble-t-il ! ^^

[2] Sauf exception signalée par le symbole ▶, je n’ai contribué à aucune des vidéos qui sont, parfois, ajoutées à mes textes par la rédaction du site. Ne réalisant pour ainsi dire plus de reportages vidéo depuis 2012, les sujets filmés sont donc signés par d’autres. Je précise aussi n’avoir aucun pouvoir sur les publicités qui s’affichent… Curiologie.fr, de son côté, reste sans pub !

2 commentaires

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  1. Pascal Lapointe · décembre 19

    Je lis ceci avec quelques mois de retard, mais vos critiques sur la trop grande vitesse des médias, la superficialité, le manque d’esprit critique, sont évidemment toutes très justes. Mais en même temps, sans doute parce que je viens de vous écouter dans le contexte de notre campagne #100LaScience sur la valorisation du journalisme scientifique qui est actuellement en cours, je vous ai donc écouté avec un biais: parce que notre campagne fait la promotion de l’idée qu’il faut pousser les médias à embaucher davantage de journalistes scientifiques forts et indépendants, j’ai trouvé votre vision très sombre: n’y a-t-il aucun journaliste scientifique qui trouve grâce à vos yeux? Ou bien est-ce la balado qui ne vous a pas donné l’opportunité de faire la distinction entre les journalistes généralistes qui couvrent tout et n’importe quoi, et les journalistes scientifiques ?

    • curiolog · décembre 19

      Oh, j’insiste dessus (vraisemblablement pas assez, aïe !) dans le baladao : il y a d’EXCELLENTS journalistes scientifiques, et justement, il me semble que tout est dans la formation des JS et de la qualité de leur formation continue, de l’entretien de leur esprit critique et de leur culture scientifique tout au long de leur carrière.
      Ma critique porte essentiellement sur la couverture des sciences par des journalistes généralistes, ou des journalistes « qui se sont spécialisés en science parce qu’ils aiment les sciences, c’est cool les sciences » (c’est à dire l’idée qu’ils se font des sciences)… Le problème est d’ailleurs là : un certain nombre de journalistes dits « scientifiques » n’ont pas de recul sur ce qu’est la science, sur ses méthodes, sur l’implication des études, etc. J’enseigne en tant qu’intervenant professionnel dans des formations de journalistes scientifiques, et reçois des stagiaires au Magazine : je suis assez effaré de la confiance aveugle qu’ils ont dans les études mal foutues, leur méconnaissance totale de notions aussi fondamentales que « marge d’erreur », « double aveugle », « randomisation »… Donc, oui, je suis pessimiste; surtout quand je tombe, quotidiennement, sur des articles mésinformatifs dans des titres de presse dit spécialisés…
      Ceci, tout en constatant bien que BEAUCOUP d’excellents confrères ont la formation critique adéquate, sont d’une finesse méthodologique et d’une rigueur admirable dans l’investigation. Je suis loin de me considérer comme un très bon journaliste, comme je le dis dans l’entretien : j’essaie de faire le maximum pour vérifier, revenir au sources, être à jour dans l’état des controverses… D’autres font beaucoup mieux que moi, et j’essaie de leur arriver à la cheville !