Un scanner cérébral pour extrapoler les images vues ou imaginées

Fin 2008, des chercheurs d’un laboratoire de Kyōto annonçaient dans la revue Neuron avoir programmé un logiciel capable d’associer la mesure des variations du débit sanguin dans le cortex visuel d’individus percevant des images fixes… avec ces mêmes images. Après ce calibrage, leurs ordinateurs, reliés à des scanners, parvinrent à déduire ce que les participants de l’étude étaient en train de voir, et transmettre à un écran une représentation sommaire de cette perception, en basse résolution (vidéo ci-dessous).

Fin 2011, des chercheurs de Berkeley ont poussé l’expérience plus loin, en compilant des mesures de flux sanguin réalisées au cours du visionnage de centaines de vidéos. Dans un second temps, ils ont fait visualiser plusieurs séquences inédites à trois volontaires. En analysant le flux sanguin associé, l’ordinateur a produit une synthèse graphique des vidéos initiales, pour proposer une approximation des images perçues (extraits ci-dessous).


Exemple des compositions générées.

Les chercheurs de Kyōto ne restèrent pas longtemps hors course : en 2013, ils présentaient dans la revue Science de nouvelles images, qui renvoyaient non plus à des perceptions directes, mais correspondaient aux pensées de volontaires endormis. Le décodage restait encore très sommaire (voir vidéo ci-dessous) et, à défaut de réellement « lire les rêves », on pouvait tout au moins savoir que le volontaire « rêvait d’une personne » ou « se déplaçait dans un environnement familier ».

La riposte ne tarda pas à venir de Berkeley : en mars 2014, une nouvelle équipe de chercheurs publia des résultats saisissants dans la revue NeuroImage. Leurs travaux ont porté sur la perception de photographies de visages. Leur objectif : reconstruire ces portraits en utilisant non pas des mesures réalisées dans le cortex visuel, mais dans toutes les autres parties du cerveau. Les visages reconstruits par l’ordinateur sont d’une définition proprement stupéfiante.


Source : Neural portraits of perception: Reconstructing face images from evoked brain activity. A.S. Cowen et coll. Neuroimage, 2014. doi:10.1016/j.neuroimage.2014.03.018

Et demain ? Avec un peu d’imagination, on peut se figurer de nombreux développements à cette technologie légère. Pour les explorations les plus pessimistes, se référer aux films Brainstorm (1983) ou Strange Days (1995)… ou à ce petit canular pessimiste signé pour le site du Magazine de la santé le premier avril dernier (oui, Farsadenn Bourd, c’était moi), qui reprend dans sa première partie le texte présenté dans ce billet de blog.

2 commentaires

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  1. Marc Doridant · avril 13, 2016

    On pourra bientôt diffuser sur youtube le contenu de nos rêves ? Mais je vais finir enfermé avec un truc pareil 😉

    • curiolog · avril 13, 2016

      Oui, ça va vraiment se finir en « BrainStorm » ou en « Strange Days » cette affaire. Je te vois bien en Ralph Fiennes, tiens…