Compléments alimentaires : quels bénéfices pour la santé ?

Utiles pour compenser certaines carences alimentaires avérées (notamment, dans le contexte d’une hospitalisation), les compléments alimentaires sont très largement consommés par des adultes ne souffrant pas d’une maladie particulière… alors que les preuves de l’inutilité (et des dangers) d’une telle pratique s’accumulent au fil des études épidémiologiques.

Pour que notre organisme fonctionne correctement, il lui faut des nutriments, des vitamines, présents dans notre alimentation courante. On peut également les retrouver dans des produits commercialisés sous le nom de compléments alimentaires. Bien des journaux et bien des sites Internet en vantent les mille et une vertus. Et si ces vertus sont vantées, c’est qu’elles ont dû être évaluées… enfin c’est ce que l’on espère. S’ils disent que ça marche, c’est qu’ils ont vérifié, ou tout du moins qu’ils ont des raisons de croire en ce qu’ils avancent… Non ? [1]

Avant de voir ce que les études scientifiques nous disent réellement sur ce sujet, revenons aux bases : un complément alimentaire c’est, par définition, une source concentrée de nutriments, de minéraux ou de vitamines. Rappelons également la définition d’une vitamine. Les fidèles de ces pages le savent sur le bout des doigts : ce n’est pas un carburant magique, pas de l’énergie en poudre ; une « vitamine », c’est juste une substance nécessaire au métabolisme, qui ne peut être synthétisée (ou pas suffisamment synthétisée, comme c’est parfois le cas de la D sous certaines latitudes) par l’organisme. Rien de plus. Si ces substances manquent, le corps ne fonctionne pas correctement.

Ce manque, on l’appelle carence, et si la carence est prolongée, on développe des pathologies spécifiques. Par exemple, une carence aggravée en vitamine C, c’est le scorbut [2]. Mais que l’on parle de carence totale ou partielle (de déficience), dans les pays industrialisés, c’est désormais rare [3]. À part pour la vitamine D, selon les normes actuelles [4], ou la vitamine B12 en cas de régime strictement végétalien [5]. Sinon, oui : c’est très rare. L’alimentation courante, notamment avec nos fameuses 5 portions quotidiennes de fruits ou de légumes, couvre les besoins de la quasi-totalité de nos populations.

Pour ceux chez qui ce n’est pas le cas, lorsqu’une prise de sang ou des symptômes liés à la carence le justifient, on peut en venir à une prise en charge médicale avec, oui, une supplémentation ciblée dans les nutriments qui manquent. Un médecin peut aussi prescrire une supplémentation à titre préventif, dans certains cas très spécifiques [6].

Et si l’on n’est pas carencé ?

Bon, là, nous parlions de cas où l’on vient palier des carences avérées. La question qui vous intéresse sûrement est : et si on n’est pas carencé ? Ajouter des nutriments et des vitamines en gélules à ses repas permet-il, par exemple, de prévenir l’apparition de certaines maladies ?

Beaucoup, beaucoup de chercheurs se sont penchés sur cette question, et des synthèses des nombreux travaux non-financés par les fabricants de compléments existent. J’ai fait le tour des méta-analyses récentes sur la question, et des recommandations qui en découlent. Par exemple, en décembre 2013 a été publiée dans la très sérieuse revue Annals of Internal Medicine l’analyse de 26 expérimentations cliniques relatives à des suppléments vitaminiques, administrés à différents dosages (et sous différentes combinaisons) à plus de 350.000 participants au total, sur des durées pouvant courir jusqu’à dix ans [7]. De quoi tirer des conclusions solides, donc [8].

Conclusions des chercheurs ? Je les cite : les arguments en faveur « du moindre bénéfice » de ces produits, par exemple en termes de prévention des cancers, « sont minces ». Un effet extrêmement modéré est seulement suggéré pour les messieurs. Sur la prévention des maladies cardiovasculaires : aucune supplémentation n’a non plus révélé d’effet [9]. D’autres résultats publiés dans la même revue, concernant des sujets pour lesquels existent moins d’études (en l’occurrence, le déclin des fonctions cognitives [10]) ne laissent pas non plus soupçonner l’existence de bénéfices.

« Trop, c’est trop… »

Et pourtant, me direz-vous, certains médias trouvent toujours à citer des études qui semblent dire le contraire… Les auteurs de la grosse synthèse dont nous venons de parler observent que, typiquement, les préconisations actuelles aux États-unis sont basées sur des observations en éprouvette ou chez l’animal – et dans des conditions expérimentales très particulières… Bien des espoirs sont déçus hors des labos, car on n’est pas des souris [11].

Le consensus aujourd’hui, c’est qu’aucun intérêt n’est prouvé si l’on se nourri normalement par ailleurs. Fin 2013, au regard de ces résultats, les médecins garants du sérieux éditorial des Annals of Internal Medicine s’étaient fendus d’un éditorial cinglant, intitulé : « Trop, c’est trop : arrêtez de gâcher votre argent dans les compléments alimentaires et les suppléments vitaminiques » [12] ! Difficile de faire plus clair… Ils y écrivaient :

« La plupart des suppléments minéraux et vitaminiques ne présentent aucun avantage clair. [Ils] pourraient même être nocifs chez les adultes bien nourris, et ne doivent pas être utilisés pour la prévention des maladies chroniques ! »

Si l’on regarde du côté de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (l’Anses), on trouve des conclusions analogues, et surtout des mises en garde très régulières [13] (en particulier depuis la mise en place en 2010 d’un dispositif de déclaration et de surveillance des effets indésirables liés à ces produits [14]).

Une consommation qui n’est pas sans danger

En effet, l’ingestion inconsidérée de compléments alimentaires n’est malheureusement pas sans risque. Il y a ainsi de nombreux cas documentés d’interactions malheureuses entre des traitements médicaux et les composés présents dans ces suppléments (en particulier dans la catégorie phytothérapie [15]). Sur ces sujets, il y a 15 ans, The Lancet publiait déjà une revue des cas d’infarctus du myocarde, d’insuffisance hépatique, d’hémorragies, liés à ces interactions [16]. Depuis 2005 [17], on sait également qu’une supplémentation en vitamine A accroît le risque de cancer chez les fumeuses, du fait d’interactions avec des composés présents dans le tabac.

Et ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres. Ainsi, la même année, des travaux ont montré qu’une supplémentation excessive en vitamine E est associée avec un accroissement de « tous les risques de mortalité ». La A et la E sont des vitamines solubles dans les graisses [18] quand l’organisme en trouve en petite quantité il sait quoi en faire, mais si on le submerge, ça ne va plus du tout ! Notez que pour beaucoup d’autres vitamines, elles sont tout simplement excrétées dans les urines si elles sont en excès, ou si elles se présentent sous une forme qui n’est pas assimilable (par exemple, la pseudo-vitamine B12 que l’on dit présente dans la spiruline [19]). Autrement dit, on jette son argent par la cuvette…

Idéal pour soulager… son portefeuille

Ces conclusions et ces mises en gardes ne sont guère du goût des lobbys du secteur [20]… Il faut dire qu’il s’agit d’une industrie florissante. En France, selon des chiffres de 2013 [21], près de 15% des hommes et de 30% des femmes en consommeraient « plus de trois fois par semaine ». Produits qui sont consommés sans avis médical dans 45% des cas. En France, environ un milliard et demi d’euros seraient dépensés chaque année pour ces produits [22]. Aux USA, c’est plus de 12 milliards de dollars… Si c’est bénéfique pour la santé, c’est donc surtout… celle des industriels du secteur ! Mais comme le rappelait intelligemment l’éditorial des Annals of Internal Medicine : l’argent inconsidérément dépensé dans ces produits pourrait tout simplement être utilisé pour améliorer la qualité des repas des consommateurs.

Bref, il faut vraisemblablement réserver les compléments aux cas où c’est un médecin qui le prescrit en connaissance de cause. Évitez les prises prolongées ou répétées sans un accompagnement vraiment éclairé.

Pour le dire un peu plus abruptement : prendre des compléments alimentaires si l’on n’est pas carencé est aussi pertinent que de mettre de l’anti-moustique pour aller faire de la plongée sous-marine. La supplémentation vitaminique et les compléments alimentaires doivent être réservés aux cas de carences avérées, ou de risques établis de carences. Sans bilan sanguin ni suivi, cette stratégie est au mieux une pure perte d’argent, au pire… dangereuse pour la santé.

@curiolog

Post Scriptum

Ce billet a fait l’objet d’une chronique présentée le 14 mai 2018 dans le Magazine de la santé de France 5, qui peut être visionnée sur le site de l’émission, ou en cliquant sur le lecteur ci-dessous (chaîne YouTube de l’émission).

Notes et références

[1] Pour tout vous divulgâcher : non.

[2] Dans le même ordre d’idée, l’avitaminose B1 renvoie au béribéri (les symptômes apparaissent environ deux à trois semaines après l’arrêt de l’apport de B1, le corps puisant dans ses réserves), l’avitaminose B2 à l’ariboflavinose, pour la carence en C on parle de scorbut (également un peu plus de deux semaines de réserves), la D de rachitisme, la PP de pellagre…  Les carences en calcium entraîne le développement d’ostéodystrophies, en cuivre ou en fer des anémies, en iode, du crétinisme (notamment).

[3] Selon des travaux de l’Inserm, en France, aucune sous-population ne subirait de carence sévère. Des déficiences en fer tendent à se rencontrer chez les femmes enceintes, celles en âge de procréer ou les jeunes enfants. Les principales carences concernent en réalité les sujets âgés qui ne vivent plus chez elles. Certaines personnes, passé le cap des 50 ans, semblent avoir une capacité amoindrie à absorber la vitamine B12, ce qui peut inciter certains médecins à proposer une légère supplémentation.

À l’échelle mondiale, selon des travaux réalisés pour l’OMS, les carences les plus fréquentes sont (par ordre décroissant) celles :

  • en fer
  • en vitamine A
  • en iode
  • en zinc
  • en acide folique (vitamine B9)
  • en vitamine B12
  • en autres vitamines du groupe B
  • en vitamine C,
  • en vitamine D
  • en calcium
  • en sélénium
  • en fluor

[4] Je me dis qu’il va décidément falloir consacrer un dossier complet de Curiologie à cette fameuse vitamine… Pour la prévention de très nombreuses maladies, sa supplémentation pour les populations de nos latitudes semble inutile, mais un intérêt pourrait exister dans la prévention de certaines pathologies dans des sous-groupes de la population (mais nous approfondirons la question dans un article séparé, donc).

[5] …comme me l’a très judicieusement fait remarquer la toujours pertinente Irène/Nébuleuse, dont je ne saurais que trop vous enjoindre à découvrir l’excellent blog.

[6] La question a été à peine effleurée dans la note [3] avec la supplémentation en fer pour certaines populations ciblées, mais d’autres exemples méritent d’être évoqués.

Pour ne pas trop quitter la question de la maternité, notons ainsi que la supplémentation en vitamine B9 (acide folique) est d’un intérêt dûment démontré chez la femme souhaitant procréer, car l’acide folique joue un rôle clef dans la formation, durant les premières semaines du développement fœtal, du tube neural, ébauche du système nerveux central. Un manque de B9 dans l’organisme maternel augmente ainsi le risque de spina bifida, malformation qui laisse la moelle épinière à nu. Chez une femme dont le taux de B9 est « limite limite », une supplémentation doit donc être anticipée avant le début de la grossesse (il faut partager avec le fœtus !)… et comme il n’est pas aisé de deviner si quelqu’un est « limite limite », une petite supplémentation prescrite par un médecin fait tout à fait sens.

On peut citer d’autres exemples de situations pour lesquelles un professionnel de santé peut anticiper un déficit ou une carence, et prescrire une supplémentation à titre préventif. Ainsi, selon des travaux de 2013, en cas de maladie cœliaque avérée, identifiée comme telle par un médecin, ce dernier peut anticiper une diminution de l’absorption du fer, du zinc, du magnésium, de diverses vitamines B et de la vitamine D, et ajuster une supplémentation temporaire pour le patient. La prise de certains traitements peut également rendre plus difficile l’absorption de diverses vitamines et minéraux.

Dans le même ordre d’idée, même s’il ne s’agit pas à proprement parler de supplémentation anticipée, évoquons des travaux de 2010 qui présentaient des arguments en faveur d’une supplémentation ciblée (vitamines A, C, E, zinc et cuivre) pour des patients présentant une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) de stade intermédiaire, pour réduire le risque d’évolution en DMLA avancée. Notons que la supplémentation à titre purement préventif apparaissait sans effet.

[7] Vitamin and Mineral Supplements in the Primary Prevention of Cardiovascular Disease and Cancer: An Updated Systematic Evidence Review for the U.S. Preventive Services Task Force, S. Fortmann, B.U. Burda, C.A. Senger, J. S. Lin, E.P. Whitlock, Ann Intern Med. 2013, doi:10.7326/0003-4819-159-12-201312170-00729 (article en libre accès)

[8] Voir ce billet de blog, ou le chapitre ⑦ de notre livre Santé, science, doit-on tout gober ? (Belin, 2017), qui en reprend quelques extraits.

[9] Une autre étude publiée dans le même numéro d’Annals of Internal Medicine resserre ce faisceau de présomptions quant à l’inefficacité des CA pour la prévention des maladies cardiovasculaires. La recherche, menée sur près de cinq ans auprès de 1.708 patients, porte sur l’intérêt d’une supplémentation massive en 28 vitamines pour prévenir les récidives de maladies cardiovasculaires. Comparées à la prise de placebos, même « à fortes doses », cette supplémentation « n’a pas réduit de façon statistiquement significative les événements cardiovasculaires chez les patients ».

Voir :  G. A. Lamas, et al. « Oral High-Dose Multivitamins and Minerals After Myocardial Infarction: A Randomized Trial », Ann Intern Med. 2013, doi:10.7326/0003-4819-159-12-201312170-00004

[10] Étude également publiée dans le même numéro d’Annals of Internal Medicine. Elle s’est intéressée à l’éventuel effet protecteur d’une prise quotidienne de suppléments vitaminiques . Menée sur près de 6.000 hommes de plus de 65 ans, sa conclusion est sans appel : aucune différence n’a été observée dans l’évolution des performances cognitives, ni même celles relatives à la mémoire verbale, entre les personnes prenant une dose quotidienne de vitamines et celles prenant un placebo. Les dosages standards actuels de supplémentation sont, tout du moins, trop faibles pour révéler le moindre effet chez des patients qui se nourrissent normalement par ailleurs.

Voir : Long-Term Multivitamin Supplementation and Cognitive Function in Men: A Randomized Trial, F. Grodstein, J. O’Brien, J. Hee Kang, R. Dushkes, N. R. Cook, O. Okereke, J.E. Manson, R. J. Glynn, J. E. Buring, J.M. Gaziano, H.D. Sesso, Ann Intern Med. 2013, doi:10.7326/0003-4819-159-12-201312170-00006

[11] Sinon je ne bosserais pas depuis cinq ans et demi au Magazine de la santé, mais au Journal de Mickey.

[12] E. Guallar et al. « Enough Is Enough: Stop Wasting Money on Vitamin and Mineral Supplements », Ann Intern Med. 2013, doi:10.7326/0003-4819-159-12-201312170-00011

[13] L’Anses rappelle que « les allégations nutritionnelles et de santé, susceptibles d’être indiquées sur les produits, sont strictement encadrées par la réglementation européenne. A ce jour un nombre limité d’allégations santé est autorisé, [dont la liste] peut être consultée sur le site de la Commission européenne. Par définition, un complément alimentaire ne peut avoir, ni revendiquer d’effets thérapeutiques. » Voir en fin d’article pour quelques évaluations récentes de l’Anses sur la supplémentation, notamment des sportifs et des femmes enceintes.

[14] Entre 2010 et 2014 l’Anses a reçu plus de 1.500 signalements d’effets indésirables liés à ces produits (les trois quarts concernaient directement la consommation de compléments alimentaires, le dernier carte portant « des aliments enrichis ou des denrées destinées à une alimentation particulière » telles que des préparations pour nourrissons, pour personnes intolérantes au gluten, pour personnes âgées, etc.). Sur cette période, plus d’un quart des signalements concernaient des compléments alimentaires « minceurs », « capillaires », ou destinés à diminuer le taux de cholestérol. Les principaux effets indésirables recensés étaient d’ordre hépatique, digestif et allergique.

[15] Voir chapitre ⑨ de notre livre Santé, science, doit-on tout gober ? (Belin, 2017).

[16] Adverse events associated with dietary supplements: an observational study M.E. Palmer, C. Haller, P.E. McKinney, W. Klein-Schwartz, A. Tschirgi, S.C. Smolinske, A. Woolf, B. M. Sprague, R. Ko, G. Everson, L. S. Nelson, T. Dodd-Butera, W.D. Bartlett, B.R. Landzber, Lancet 2003. doi :10.1016/S0140-6736(03)12227-1

[17] M. Touvier et al. « Dual Association of beta-carotene with risk of tobacco-related cancers in a cohort of French women. » J Natl Cancer Inst. 2005. doi:10.1093/jnci/dji276

[18] Tout comme la D et la K.

[19] Les compléments à base de spiruline ne constituent pas une source fiable de B12, la pseudo-vitamine B12 présente dans cette algue étant inassimilable par l’organisme humain. Voir notamment :

  • F. Watanabe, et al. « Pseudovitamin B(12) is the predominant cobamide of an algal health food, spirulina tablets ». Journal of Agricultural and Food Chemistry (1999), 47(11): 4736–41. doi:10.1021/jf990541b
  • F. Watanabe et al. « Characterization and bioavailability of vitamin B12-compounds from edible algae. » J Nutr Sci Vitaminol (Tokyo). 2002 Oct;48(5):325-31.
  • F. Santos et al, « Pseudovitamin B(12) is the corrinoid produced by Lactobacillus reuteri CRL1098 under anaerobic conditions ». FEBS Lett. (2007), 581(25), pp.4865–70. doi:10.1016/j.febslet.2007.09.012
  • F. Watanabe, « Vitamin B12 sources and bioavailability ». Exp. Biol. Med. (2007), 232(10), pp. 1266–74. doi:10.3181/0703-MR-67
  • W.J. Craig & A.R. Mangels, « Position of the American Dietetic Association: Vegetarian diets ». Journal of the American Dietetic Association, (2009), 109(7), pp.1266–82. doi:10.1016/j4.jada.2009.05.027

[20] Comme je l’avais alors évoqué sur le site du Magazine de la santé les articles publiés dans Annals of Internal Medecine ont suscité l’ire du syndicat professionnel des industriels de la supplémentation alimentaire. Dans un communiqué diffusé sans délai, ces derniers affirmèrent que les dangers précédemment évoqués concernent une partie infime de la population. D’autre part, ils rappellent que des études ont démontré l’efficacité de l’apport vitaminique pour la prévention des cancers chez les hommes ou du développement de la cataracte. Ils se gardaient toutefois de mentionner que les travaux évoqués soit avaient été abondamment critiqués, dès leur publication, du fait de nombreux biais méthodologiques… soit suggéraient des tailles d’effet extrêmement limitées !

[21] C. Pouchieu et al. « Sociodemographic, lifestyle and dietary correlates of dietary supplement use in a large sample of French adults: results from the NutriNet-Santé cohort study », British Journal of Nutrition, 2013. doi:10.1017/S0007114513000615

Si l’on se réfère à des données plus anciennes (étude individuelle Nationale sur les Consommations Alimentaires 2006-2007, ou INCA 2, de l’Anses), un adulte sur cinq et un enfant sur dix consommeraient « au moins occasionnellement » des compléments alimentaires ou des vitamines et minéraux sous forme médicamenteuse. Un peu plus d’un adulte sur vingt et d’un enfant sur cent en consommerait « toute l’année ou presque ».

[22] C’est l’ordre de grandeur du chiffre d’affaire revendiqué par les professionnels du secteur, selon le Syndicat National des Compléments Alimentaires (Synadiet).

Ressources complémentaires (c’est le cas de le dire) :

J’ai découvert, un peu tard hélas, la récente parution aux éditions Book-e-book de l’excellent Henri Broch d’un ouvrage du Dr Nadine Martinet, intitulé « Les compléments alimentaires et leurs effets sur la santé« . Au vu du sérieux auquel les livres de la collection nous ont habitué, je ne prends guère de risques à vous en conseiller la lecture a priori !

Sur le site de l’Anses :

Dans la littérature scientifique, on peut lire d’autres synthèses éclairantes sur la question de la vraisemblable inutilité de l’essentiel ds compléments alimentaires :

8 pensées sur “Compléments alimentaires : quels bénéfices pour la santé ?

  • 14 mai 2018 à 16 h 14 min
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    Pour la vitamine B12 si on a réduit drastiquement sa consommation de produits animaux, ça semble raisonnable d’en prendre avant d’être carencé ou de se le voir prescrit par un médecin… Mais généralement le régime végétalien est exclu d’office des régimes équilibrés ou « normaux ». Ce qui pose la question de la définition de l’équilibre nutritionnel, je ne suis pas sûre que beaucoup de personnes affirment avec certitude savoir si elles mangent équilibré ou non.

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    • 14 mai 2018 à 16 h 58 min
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      C’est l’une des questions qui s’est posé dans ce dossier, en effet… Je vais ajouter ta remarque très pertinente, merci !

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      • 14 mai 2018 à 19 h 53 min
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        Je t’en prie ! C’est un aspect qui m’avait un peu « coincée » au début, on me répondait beaucoup que ce n’était pas normal de prendre de la B12.. et j’étais en partie d’accord jusqu’à ce que je me dise qu’on était en bonne partie au moins dans un sophisme naturaliste (en gros si on a les apports qu’il faut grâce à ça dans le cadre d’une démarche éthique, à partir du moment où la production de B12 n’a pas d’impact très problématique, il y a peu d’arguments à y opposer je trouve). Par contre récemment je me suis fait refiler malgré moi des gélules d’huiles essentielles de cannelle et de carotte et là je suis dubitative 😀

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  • 15 mai 2018 à 1 h 04 min
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    En résumé, les compléments alimentaires ne relèvent pas de la fake médecine, ce ne sont pas des placebos, ils contiennent de réelles substances actives. Pour autant, tous n’ont pas un réel intérêt, et leur usage ne devrait se faire que pour un besoin médical réellement établi. Sans quoi, on s’expose à des effets secondaires, tels que jeter son argent par les fenêtres ou mettre sa santé en danger.
    Ils doivent être utilisés comme des médicaments en somme.

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  • 15 mai 2018 à 11 h 28 min
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    Et le côté cure, genre se renforcer avant l’hiver ? C’est tout aussi inutile ?

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    • 15 mai 2018 à 12 h 02 min
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      Un article consacré à la question du « renforcement de l’immunité » sera publié dans les semaines à venir. Mais le principe général reste le même : les cures à base compléments n’ont a priori de sens que si ce qu’ils « complémentent » est déficitaire : si on lui donne plus de nutriments/minéraux/vitamines que l’organisme ne peut en assimiler, les effets éventuellement plausibles se situeront à un niveau bien différent de celui qu’on se représente intuitivement (par exemple, on peut imaginer des effets sur les bactéries intestinales).

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  • 20 mai 2018 à 22 h 12 min
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    Entièrement d’accord avec ce qui est dit quand on n’est pas carencé. Les gens feraient mieux de chercher à manger les 5 portions de fruits et légumes où beaucoup d’études soutiennent que ça protège de nombreuses maladies chroniques. Cette étude là, une méta-analyse sur 50 essais contrôlés randomisés montre qu’il n’y a pas d’effets notables.

    Seung-Kwon Myung et al. Efficacy of vitamin and antioxidant supplements in prevention of cardiovascular disease: systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. BMJ 2013; 346

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