🎥 La complainte du béluga près de Kamouraska (+🎤)

beluga-gravure-curiologie

Sommaire

Avant propos

Reportage

Introduction
▶️ « Jam session », ou comment faire un bœuf avec un canari (reportage vidéo)
1 – Delphinapterus leucas : espèce de déchet toxique à nageoires
2 – Vous reprendrez bien un peu de jus de pyjama ignifugé ?
3 – « Le monde du silence », qu’il disait…
4 – La complainte du béluga… à Cacouna
▶️ Épilogue (karaoké 🎤)

Un béluga, une fille

▶️ Bonus 1 : Bébé béluga…
▶️ Bonus 2 : L’âge de monsieur

 

Avant propos

En 2007, j’ai participé au Québec à un projet aussi audacieux qu’intéressant : un défi pour jeunes journalistes et vidéastes, consistant à arpenter, trois mois durant, la Belle province pour concevoir/tourner/monter/diffuser chaque semaine un reportage multimédia, en solo. Et quand je dis en solo, c’est vraiment sans Chewbacca à mes côtés pour tenir la caméra, chiquer du tabac ou soulever les rochers qui tomberaient sur mon bras. Une expérience formatrice. Et éprouvante.

Près de dix ans plus tard, les blogs dédiés à l’aventure n’existent plus, et les quelques sites hébergeant mes réalisations sont plus qu’à l’abandon. Certains sujets restent d’actualité, d’autres méritent peut-être simplement le coup de rétroviseur…

Je vous propose aujourd’hui de (re)découvrir le quatrième reportage de la série, diffusé début septembre 2007 sur la chaîne Télé Québec et sur le net (non, personne ne m’a jamais vu karaoker « à l’antenne »… jusqu’à présent !). D’autres reportages issus de la même aventure sont/seront à (re)découvrir ici.

miniature-reportagebeluga2007-droits-reserves-gouthiere

La complainte du béluga près de Kamouraska

Cette semaine, je me suis rendu sur les deux rives du fleuve Saint-Laurent, entre Kamouraska, Rimouski (rive Sud), Forestville et Saint Siméon (rive Nord), dans l’espoir de rencontrer celui dont le chant mélodieux a valu le surnom de “canari des mers“ : le béluga. Venu pour pousser avec lui la chansonnette, je l’ai trouvé ravagé du corps et des cordes vocales. À deux mains et deux nageoires, nous avons donc entrepris l’écriture de cette petite complainte. Et faire l’état de beaux dommages.

Ce reportage (3’32) a pour compagnons un karaoké 🎤 (oui, oui…) et deux pastilles d’interviews avec des marionnettes dedans (ben quoi ?), à consulter plus bas dans le corps de l’article.

 

 

Delphinapterus leucas : espèce de déchet toxique à nageoires

On vient de loin pour admirer sa blancheur immaculée (son nom dérive du mot russe beloye, qui signifie « blanc ») dans les eaux du Saint-Laurent. Star du grand fleuve québecois, le béluga est un animal fascinant, gracieux, attachant, et « plein ras-bord » de polluants.

En effet, sa physiologie et les habitudes alimentaires ont pour effet conjugué de faire de son corps un véritable baril de déchets toxiques, avec des petites nageoires sur les côtés. Explication en deux volets.

Premièrement, le béluga est gras. Vraiment gras. Animal à sang chaud, il doit maintenir en permanence son corps à une haute température dans les eaux froides du fleuve (contrairement aux poissons, qui « prennent » la température du milieu ambiant sans sourciller, et pas seulement parce qu’ils n’ont pas de sourcils…). Une très épaisse couche de graisse le protège du froid. Fort malheureusement, cette dernière fixe très bien les produits toxiques qui pourraient se trouver dans l’alimentation de l’animal (on parle de « bioaccumulation« ).

La question est : de quoi sont diable constitués les déjeuners si peu diététiques du prince des mers ?

« Le béluga stocke tous les produits dangereux assimilés par les proies des proies de ses proies : les micro-organismes des fonds marins. En haut de la chaîne alimentaire, il est le destinataire final de tout ce que les profondeurs du fleuve comptent de produits toxiques. » (Émilien Pelletier, ISMER)

Cette question nous amène à la seconde partie de l’explication. Le béluga, selon l’expression qu’a employé avec nous l’éminent écotoxicologue Émilien Pelletier, de l’Institut des Sciences de la Mer de Rimouski (ISMER), est un « opportuniste alimentaire » : il mange tout ce qu’il trouve. Et raffole des petits crabes et autres petits amuse-gueules sous-marins. Or, ces mêmes bestioles se nourrissent de centaines d’organismes plus petits qui, eux-mêmes, font bombance de milliers d’organismes encore plus petits… qui consomment pour leur part tout ce que les sédiments marins contiennent de polluants, qu’ils soient anciens ou nouveaux.

A l’autre bout de la chaine alimentaire, notre béluga incorpore ainsi dans sa graisse l’accumulation de produits dangereux ingérés, en quantités infimes, par les proies de ses proies. Les autres mammifères marins, moins gourmands ou tout du moins plus sélectifs dans leur alimentation, sont infiniment moins touchés que notre blanc ami…

« Si l’on applique strictement les normes sanitaires en vigueur, un béluga échoué sur le rivage est un déchet toxique dangereux non transportable. » (Émilien Pelletier, ISMER)

Touché, oui, mais dans quelles proportions ? Suffisamment pour que la carcasse échouée d’un béluga soit considéré comme un déchet dangereux non transportable. Amateurs de récits d’épouvante aquatique : si vous cherchez plus effrayant que l’histoire des « Dents de la mer », ne cherchez pas plus loin, et procurez-vous l’analyse toxicologique d’un cadavre de béluga du Saint-Laurent.

Vous reprendrez bien un peu de jus de pyjama ignifugé ?

Contrairement à une idée répandue, les métaux tels que le mercure, le cadmium, le chrome ne constituent plus un réel problème pour les mammifères du Saint Laurent. Comme nous l’explique Émilien Pelletier, « les métaux ne sont pas bioaccumulables (accumulables dans l’organisme), et ont seulement des effets toxiques à court terme. Aujourd’hui, les usines qui utilisaient ces produits ont disparu ou ont recours à des techniques beaucoup plus propres. »

« 60% des eaux usées qui se déversent dans l’estuaire proviennent de Montréal… » (Émilien Pelletier, ISMER)

Néanmoins, les anciens polluants restent stockés dans les graisses de l’animal. Et l’on assiste depuis peu à l’apparition d’un nouveau toxique dans son organisme : les organo-brômés. Il s’agit d’un produit destiné à ignifuger certains éléments d’ordinateur et de nombreux tissus – notamment les pyjamas d’enfant. A chaque lessive cette substance, qui se révèle toxique en milieu aquatique, vient rejoindre le fleuve via le système des eaux usées. Les épurateurs actuels ne filtrent pas ces composés.

« Le monde du silence », qu’il disait…

La pollution au jus de pyjama, c’est déjà un sacré dossier. Mais notre béluga connaît un autre problème qui ne doit rien ni à sa masse graisseuse ni à son formidable appétit. C’est un problème que nous mêmes, humains, rencontrons au quotidien dans les grandes villes. Lequel ? Songez à votre compagnon de bus, qui hurle dans son téléphone mobile, ou de votre voisin du dessus, qui écoute sa musique « à fond les ballons » (comme on dit par chez moi)… Hé oui : nous parlons bien de la pollution sonore.

Demander au béluga d’être un « canari des mers » dans certains endroits du Saint-Laurent, c’est un peu comme organiser un concours de poésie romantique au premier rang d’un concert de hard rock, juste à côté des baffles. Va falloir susurrer fort…

Le béluga communique par un chant harmonieux et complexe, qui se propage sur de très longues distances dans le milieu marin (rappelons que le son voyage plus vite et mieux dans l’eau que dans l’air). Ce chant a valu à notre mammifère le charmant surnom de « canari des mers ». Aussi poétique que cela soit, notre canari chante comme un canari… lorsqu’il le peut. Lorsque l’environnement sonore est encombré des bruits d’un incessant trafic maritime, de travaux sur des chantiers côtiers et autres bruits de moteurs ou appareils destinés à éloigner les grands mammifères des filets de pêche, le béluga ne s’entend plus causer. Alors, il modifie son chant.

Cela peut aller d’un simple changement de registre – merveilleux exemple d’adaptabilité de la nature – à une modulation qui confinerait plutôt au cri d’un grand gaillard des bois ayant forcé sur le gros gin.

Et si le son n’avait que cette « fâcheuse » conséquence… Mais certains bruits violents peuvent parfois assourdir temporairement l’animal, et le désorienter. Et, dans certains cas extrêmes, être suffisamment forts pour le blesser de façon irrémédiable.

La question de la pollution sonore causée par le trafic maritime est bien évidemment un dossier politiquement très sensible. Faut-il réduire le trafic sur le fleuve, notamment touristique, pour le bien-être de la faune ? La protection de la faune étant en partie assurée – et, soyons lucide, partiellement motivée – par lesdits revenus touristiques…

La complainte du béluga… à Cacouna

Les défenseurs du béluga surveillent actuellement un dossier très « chaud », politiquement tout aussi sensible : le chantier du port méthanier de Cacouna, sur la rive sud du Saint-Laurent, face au Parc Marin du Saguenay. De nombreux observateurs craignent en effet que le bruit des travaux incommode grandement les mammifères résidents du fleuve. Le secrétariat canadien de consultation scientifique du Ministère fédéral de la Pêche et des Océans a récemment rendu un rapport très sévère à l’égard de ce projet de construction. Selon ce document, “la venue de ce nouveau projet de développement [constitue] une menace pouvant réduire encore plus l’habitat du béluga du Saint-Laurent”…

Plus d’information sur les bélugas et les autres mammifères marins du Saint Laurent sur le site du GREMM, « Baleines en direct« .

Épilogue

Plus d’information sur les bélugas et les autres mammifères marins du Saint Laurent sur le site du GREMM, Baleines en direct.

publication originale : septembre 2007

 

 

Un béluga, une fille

Guy et Sylvie, à l'affiche des bonus

Guy et Sylvie, à l’affiche des bonus

Bonus 1 : Bébé béluga…


Bonus 2 : L’âge de monsieur

 

 

D’autres reportages issus de la même aventure sont/seront à (re)découvrir ici dans les semaines/mois à venir.

Un commentaire

Laisser un commentaire